La Renouée du Japon, une invasive exotique

La renouée du Japon est, comme son nom l’indique, originaire d’Asie orientale. Cependant son aire d’élection naturelle ne se cantonne (sans mauvais jeu de mots) pas qu’au Japon, puisqu’on la trouve aussi en Chine, en Corée et en Sibérie.

Vivace de 2 à 3 mètres de hauteur, son luxuriant feuillage fait écho à un système racinaire – des rhizomes en fait – extrêmement développé. Mais nous y reviendrons plus en détail par la suite.

Elle possède de fortes tiges à nœuds comme le bambou, tiges qu’on peut presque appeler branches tant elles sont robustes. Virant au rouge avec le temps, elles portent de grandes feuilles presque rondes avec une petite pointe à leur extrémité.

Si la floraison de la renouée du Japon ravit les abeilles (elle fleurit en septembre-octobre, c’est-à-dire à une époque où les fleurs mellifères indigènes se font rares), il se trouve que ses panicules de fleurs crèmes sont quasiment stériles et ne produisent qu’à grand-peine quelques graines. Ce n’est donc pas grâce à ce moyen que la plante assure sa reproduction. En ce sens, elle rappelle quelque peu la menthe qui ne produit pas de graine et qui se propage par l’intermédiaire d’un efficace réseau souterrain. Qui n’est pas sans quelques inconvénients.

Flash back.

La renouée a posé le rhizome sur le sol européen la première fois en 1825. A cette époque, elle a été introduite comme plante ornementale, fourragère et mellifère. Ce n’est qu’à la fin du XIX ème siècle qu’elle s’est naturalisée et n’apparaît en France qu’en 1939. Et sa colonisation de l’Europe ne démarre réellement qu’au milieu du XX ème siècle.

Aujourd’hui, elle est largement répandue en Europe Occidentale et Centrale. Parmi les plantes que l’on qualifie d’invasives, la renouée du Japon est celle qui a la dynamique d’expansion la plus forte.

En France, elle est particulièrement présente dans les régions suivantes : Alsace, Lorraine, Aquitaine, Nord, Picardie, Île de France, Normandie, Bretagne, Franche-Comté. Alors qu’elle est quasiment absente de Provence et inconnue en Corse.

On trouve la renouée du Japon dans les zones alluviales, le long des rives des cours d’eau, sur les terres incultes, les friches, etc. Elle a donc besoin d’humidité et de sols riches afin de lui assurer une croissance optimale. Le hic c’est que si la renouée ne pose pas de problème dans son biotope naturel asiatique, il n’en va pas de même en Europe.

On parle de plante invasive dès lors qu’une plante a un impact négatif sur la biodiversité dans laquelle elle s’implante. Elle met donc en danger tant la flore que la faune. Et la renouée n’échappe pas à cette appellation, bien au contraire !

Dans un premier temps, elle n’est menacée par aucun prédateur en Europe. Difficile de stopper sa progression quand un maillon de la chaîne alimentaire – inexistant – n’est pas en mesure d’endiguer la croissance de la plante. De ce fait, elle progresse et fait reculer les populations de plantes endémiques des terrains sur lesquels elle s’implante. Mais pas que cela. En détruisant le biotope végétal, c’est autant d’animaux (mammifères, amphibiens, reptiles, oiseaux, nombreux invertébrés…) qui sont menacés par cette expulsion du fait de la raréfaction des espèces végétales indispensables à leur survie !

Comment une plante dont la granification est quasiment nulle peut-elle prendre autant d’envergure ? La dispersion de la plante par les graines (et donc par l’air) est une fausse route. S’il ne faut pas chercher dans le ciel, il faut aller voir sous terre : un système de rhizome gigantesque (une dizaine de mètres de long qui peut s’enfoncer à près de 3 mètres de profondeur dans le sol).

La renouée utilise donc d’autres vecteurs de propagation : par voie fluviale, par exemple. Vivant près des berges, il suffit qu’une crue arrache un fragment de la plante pour que celui-ci aille s’implanter à des kilomètres de là (on considère qu’un bout de rhizome portant un seul bourgeon est capable de régénérer la plante).

Très présente sur ce que l’on appelle les néo-sols, c’est aussi par le biais de l’intervention humaine involontaire que la renouée peut-être efficacement transportée d’un lieu à l’autre (à l’occasion d’un déplacement de terre qu’exigent les activités de génie civil, par exemple).

Que faire pour stopper cette invasion et réduire ainsi son impact écologique sur la faune et la flore ?

La fauche : si elle détruit la partie aérienne de la plante, il n’en reste pas moins que la partie vive de la plante est toujours là. Mauvaise méthode du fait que la plante est capable de réparer les dommages qui lui ont été causés en quelques jours. Si l’on fauche, il faut également faire attention à ce qu’il va advenir des tiges fauchées. Ne pas les éparpiller, elles se bouturent très facilement. Il faut donc détruire le résultat de la fauche.L’extraction des rhizomes : fastidieuse et surréaliste. La renouée est une véritable forteresse à l’instar du chiendent et compte sur son réseau de rhizomes traçants pour se mettre hors de portée des pelles et des pioches.

D’un point de vue mécanique, la destruction de cette plante est donc un pari perdu d’avance.

Traitements phytocides : complexes et hasardeux. L’usage des herbicides est interdit à moins de 5 m des cours d’eau. Or, comme la plante vit en bordure de rivière très souvent, elle est donc inattaquable dans ce cas.

Technique préventive : repérage de la plante au début de sa vie végétative et extraction complète.

Bref, pour l’heure aucune technique n’a prouvé son efficacité, même si des rumeurs (non étayées de preuves scientifiques) laissent entendre que l’ortie pourrait être la solution : elle semble être une tueuse de renouée. A suivre…

Renouée du Japon-1

La renouée du Japon en thérapie (parce qu’elle n’a pas que de mauvais côtés, verre à moitié vide, verre à moitié plein, toujours…) :)

1. Parties utilisées : rhizome, feuilles

2. Principes actifs : resvératrol, composés phénoliques, acide oxalique, flavonoïdes

3. Propriétés thérapeutiques : hémostatique, détoxifiante, régénératrice tissulaire, analgésique, diurétique, expectorant, laxative, stimulante, propriétés oestrogéniques

4. Usages thérapeutiques : hépatite, ictère, hypertension, athérosclérose, bronchite chronique, règles irrégulières, leucorrhée, arthrite rhumatoïde, diarrhée, acouphène, brûlures, furoncles, morsures de serpent

(composés potentiellement actifs contre le cancer de l’estomac)

5. Contre-indications, remarques et autres usages : si la renouée est utilisée en Asie tant comme plante médicinale qu’alimentaire, il n’est pas recommandé d’en faire les mêmes usages en France car elle pousse la plupart du temps sur des sols artificiels non exempts de pollution.

© Books of Dante

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