Les Tanaisies

La Tanaisie vulgaire (Tanacetum vulgare)

Synonymes : herbe de Saint-Marc, herbe aux vers, herbe aux lombrics, herbe sainte, sent-bon, baume, barbotine, athanase.

La tanaisie n’apparaît pas dans les textes de l’Antiquité, la première fois qu’on entend parler d’elle en Europe, c’est à travers des documents médiévaux, comme le Capitulaire de Villis par exemple (fin VIII ème – début IX ème siècle). Si elle est alors recommandée par le Capitulaire carolingien, on doit pouvoir faire remonter ses usages ainsi que sa culture et son implantation européenne (elle serait d’origine orientale…) quelques siècles auparavant. Ceci étant dit, son origine géographique reste difficile à déterminer. Il est possible qu’elle soit venue là à la faveur des grandes invasions. En tout cas, elle est suffisamment connue (d’un point de vue culinaire, médicinal et vétérinaire) pour être ainsi recommandée par le Capitulaire de Villis qui indiquait et obligeait la culture d’un certain nombre de plantes dans les jardins et potagers impériaux.

D’un point de vue culinaire

Au XIV ème siècle, le Mésnagier de Paris (le plus important document gastronomique du Moyen-Âge) nous indique que la tanaisie, à l’arôme subtile et à l’amertume intense, entre comme condiment dans certaines recettes, les œufs à la tanaisie, par exemple, usage que l’on retrouvera quelques siècles plus tard en Angleterre où le suc de tanaisie servira à parfumer les omelettes sucrées plus connues sous le nom de tansies, en référence au nom anglais de la plante : tansy.

D’un point de vue vétérinaire

Ce sont ses vertus insectifuges qui furent employées au Moyen-Âge. En bouquets frais, elle permet d’éloigner les insectes (aujourd’hui, on considère qu’elle possède des effets analogues au pyrèthre). Elle lutte efficacement contre les puces et les punaises quand on place des rameaux entre sommier et matelas. Placée dans la niche d’un chien, elle en éloigne les puces. En outre, mites et fourmis ne résistent pas à son parfum. Ses feuilles servirent même d’emballages pour les pièces de viande afin d’en éloigner les mouches et, par voie de conséquence, les vers.

Ces usages sont d’autant plus efficaces que la tanaisie fraîche une fois coupée prodigue ses qualités pendant longtemps. Ce qui lui a valu le nom latin de tanacetum, tiré du grec tanaos qui signifie « grand âge », car la plante tient longtemps sans se faner, un peu à la manière d’une immortelle.

D’un point de vue médicinal

Au Moyen-Âge, on considère que la tanaisie est « incisive, pénétrante, carminative, vulnéraire et apéritive ». On lui ajoutera ensuite les vertus suivantes : fébrifuge (contre les fièvres intermittentes), emménagogue (contre les règles douloureuses ou inexistantes), stomachique, tonifiante, etc. Elle permettait aussi de soigner goutte et rhumatismes, hystérie et leucorrhée… Hildegarde (XII ème siècle) l’utilise contre toux, catarrhes bronchiques, troubles digestifs et règles douloureuses.

C’est une plante de la Femme. Mais dans une certaine mesure. Si elle aide les règles par exemple, elle est aussi dangereusement abortive, vertu qui était fréquemment et volontairement employée au Moyen-Âge, en temps de famine, entre autres.

Voilà pourquoi elle est aujourd’hui interdite à la femme enceinte, l’huile essentielle qu’elle contient (camphre et… thujone, entre autres) ayant des effets tétanisants et convulsifs, elle empoisonnerait à terme le fœtus.

Au XVI ème siècle, Césalpin confirme ses propriétés emménagogues et Fuchs ses propriétés vermifuges.

Aujourd’hui, ce sont surtout ses propriétés vermifuges que l’on a retenu de la tanaisie. On n’oubliera pas que les vers sont un problème plus qu’épineux eu Moyen-Âge : ils sont partout, témoins d’un manque criant d’hygiène. Et, face aux vers, la tanaisie fait, si l’on peut dire, mouche ! C’est un puissant antiparasitaire : elle vient à bout des oxyures et autres ascarides. L’herbe aux vers porte donc bien son nom. Par voie interne, la tanaisie fait des merveilles contre ces parasites en infusion concentrée de feuilles fraîches, laquelle infusion peut également être utilisée en compresses chaudes sur contusions, entorses et ecchymoses, ainsi qu’en bain de bouche contre les rages de dents.

La pharmacopée amérindienne emploie également la tanaisie vulgaire en tant que stimulante, antispasmodique, anthelmintique (synonyme d’antiparasitaire) et emménagogue. Son utilisation s’étend à diverses affections telles que digestions douloureuses, spasmes, rhumatismes, fièvres, anémie et vertiges.

Botanique

La tanaisie est une plante vivace buissonnante solidement implantée en terre par une souche envahissante, rameuse, rampante ; un rhizome, en fait. Des tiges dressées et cannelées en touffe dont la hauteur peut atteindre 1,20 m, portant des feuilles vert foncé très découpées à la forte odeur camphrée et balsamique (ses surnoms de « baume » et de « sent-bon » sont explicitement liés à cette caractéristique) et, enfin, des capitules de fleurs jaune d’or en boutons de chemise sans ligules, très serrées les unes contre les autres qui fleurissent de juin en octobre et organisées en corymbes denses et plats.

La tanaisie est une plante relativement courante en plaine et en moyenne montagne (maximum 1 500 m). Cependant, on la rencontrera rarement dans l’Ouest et le Sud de la France. On la trouve sur les talus et décombres, dans les haies, les bords de chemin et près des eaux douces. Dans tous les cas, sur sol sec, au soleil ou à mi-ombre.

Image© Moi

> Huile essentielle de tanaisie vulgaire

Extraite des sommités fleuries et des feuilles pas distillation à la vapeur d’eau.

– Camphre

– Thujone

– Bornéol

Huile essentielle de saveur âcre et amère. Liquide et jaunâtre, cette huile essentielle a tendance à brunir à l’air. Les rendements sont très faibles, de l’ordre de 0,1 à 0,2 %, ce qui en fait une huile essentielle rare et chère. On a procédé la première fois à sa distillation en 1582 à Francfort.

> Propriétés thérapeutiques

  • Vermifuge, tonique digestive, diurétique, antiseptique, fébrifuge, emménagogue.

> Usages thérapeutiques

  • Parasites intestinaux : ascarides, oxyures, ténias, etc.

  • Atonies des voies digestives

On s’entend généralement pour dire qu’elle présente peu ou prou les mêmes indications que l’huile essentielle d’absinthe (Artemisia absinthium).

> Précautions d’emploi, contre-indications et autres remarques

  • Huile essentielle épileptisante, convulsivante et tétanisante. Les premiers symptômes d’intoxication apparaissent avec 2 à 3 g, la mort survient à hautes doses ( 5 à 15 g). Avant cela, on assiste à une élévation du rythme respiratoire et du rythme cardiaque, puis dilatation pupillaire, hallucinations, convulsions à type rabique (rage tanacétique : excès de salive, tendance à vouloir mordre), paralysie, perte de conscience, mort par arrêt cardiaque.

C’est pour l’ensemble de ces raisons qu’on abandonnera l’emploi thérapeutique de l’huile essentielle de tanaisie vulgaire. Si vous devez avoir affaire à une huile essentielle de tanaisie, ce ne saurait être que celle de tanaisie annuelle ci-dessous présentée.

La Tanaisie annuelle (Tanacetum annuum)

> Huile essentielle de tanaisie annuelle

Extraite des sommités fleuries et des feuilles pas distillation à la vapeur d’eau.

– Alpha et béta-phellandrène : 15 à 20 %

– Alpha et béta-pinène : 5 à 10 %

– Paracymène : 5 à 6 %

– Sabinène : 15 %

– Camphre : 13 à 15 %

– Chamazulène : 5 à 8 %

Cette dernière molécule aromatique est responsable de la couleur bleu indigo de cette huile essentielle que l’on retrouve à l’identique chez la camomille allemande et l’achillée millefeuille. Cette huile essentielle dégage des notes herbacées, fleuries et fruitées. Elle est biochimiquement très proche des deux huiles essentielles sus-citées, proximité qui s’entend également pour les propriétés et usages thérapeutiques.

D’un point de vue botanique, c’est une miniature de la tanaisie vulgaire. Elle est généralement moins grande (20 à 40 cm de hauteur), les feuilles sont également plus petites, quant aux capitules, ils n’excèdent pas 4 mm de diamètre.

> Propriétés thérapeutiques

  • Anti-inflammatoire, antiphlogistique, antihistaminique, antiprurigineuse, antalgique, sédative nerveuse, hypotensive, phlébotonique, antileucémique, mucolytique, antibactérienne, hormon-like.

> Usages thérapeutiques

  • Troubles respiratoires : asthme, emphysème, infections respiratoires allergiques, bronchiolite du nourrisson

  • Troubles circulatoires : hypertension, varices, couperose

  • Inflammations : arthrite, névrite et sciatique, rhumatismes, élongations et déchirures musculaires

  • Leucémie

  • Diabète

  • Troubles cutanés : piqûres d’insectes (moustiques, araignées. Certes, c’est pas un insecte, mais ça fait mal tout pareil ^^), gale, dermites irritatives et allergiques, démangeaisons et inflammations cutanées, prurit (y compris allergique), eczéma et eczéma sec, psoriasis, acné, escarres, coups de soleil et photosensibilisation

> Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée

  • Olfaction

  • Voie orale (sous avis médical)

> Précautions d’emploi, contre-indications et autres remarques

  • De par la présence de cétones monoterpéniques (camphre entre autres) dans cette huile essentielle, on en évitera l’usage durant grossesse et allaitement, de même chez les enfants et les personnes sujettes à l’épilepsie.

  • Il est important de bien distinguer la tanaisie annuelle (Tanacetum annuum) de la tanaisie vulgaire (Tanacetum vulgare). Bien qu’étant très proches par le nom, il n’en va pas de même en ce qui concerne leur huile essentielle. L’huile essentielle de tanaisie vulgaire n’est pas en vente libre en France, à l’instar des huiles essentielles de sauge officinale, d’hysope officinale et d’absinthe, elle est neurotoxique, convulsivante et abortive.

    Les différentes dénominations de la tanaisie annuelle (tanaisie bleue, camomille bleue, camomille du Maroc, etc.) entretiennent le flou qui peut exister quant à son exacte et stricte identification. En réalité, la tanaisie annuelle a plus à voir avec la camomille allemande (Matricaria recutita) qu’avec la tanaisie vulgaire.

© Books of Dante – 2010/2013

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Une réflexion sur “Les Tanaisies

  1. Salut.
    J’en mets en gros bouquet dans la chambre pour éloigner les mouiches et moustiques et ça marche :)
    J’en ai vu une fois des tanaisies de presque deux mètres de haut !

    J'aime

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