L’or

Après m’être penché sur le cas du cuivre et de l’argent, voilà que j’en viens à évoquer enfin l’or, ce métal précieux et parfait. Partout dans le monde et à différentes époques, il a été le métal roi. Petit tour d’horizon…

Chez les Chinois, le caractère « kin » signifie à la fois métal et or, ce qui montre assez bien l’hégémonie de ce seul métal sur l’ensemble de tous les autres qui semblent alors éclipsés par cette lumière minérale telle qu’on le qualifie en Inde. Parce qu’en effet, l’or, c’est le Soleil et l’illumination de par sa couleur chaude et lumineuse, c’est aussi un symbole d’immortalité et de longévité du fait de son incorruptibilité et de son inaltérabilité, à l’image des toits des églises orthodoxes qui brillent de mille feux depuis des siècles.

Il est donc l’expression des énergies solaires, il ne perd jamais son éclat, alors que l’argent, tel la Lune qui décroit, se couvre d’un voile noirâtre. L’or, non. Lui est pur et inoxydable. Ce qui explique pourquoi les anciens Égyptiens l’assimilèrent à la chair des dieux alors que les Aztèques virent en lui la peau neuve de la Terre, symbole du renouveau de la Nature au Printemps (Cf. Xipe Totec, divinité de la pluie printanière et également dieu des orfèvres).

ImageSingulier métal que l’or, paradoxal à bien des égards. On le dit précieux parce qu’il est rare, rare parce qu’il est précieux. Or, il est pourtant extrêmement répandu à la surface de la Terre, mais la plus grande partie échappe aux regards puisqu’elle n’est pas constituée que de pépites ou, plus modestement, de paillettes, mais se trouve à l’état de traces dans de très nombreuses roches ainsi que dans l’eau des océans. Sans doute parce que cette masse d’or à l’état infinitésimal est un symbole des mystères soustraits à la connaissance du vulgaire.

On le dit inaltérable, et c’est vrai. Seul un puissant mélange d’acide parvient à l’attaquer ne serait-ce qu’un peu. Qu’on en fabrique des clés qui ouvrent des portes ou des ponts qui mènent vers d’autres cieux, il est aussi le fardeau qui fait courber l’échine. L’on dit souvent qu’on a des semelles de plomb lorsqu’on a du mal à avancer. Or, si ces mêmes semelles d’or étaient faites, l’avancée serait bien plus difficile du fait de la densité de l’or bien supérieure à celle du plomb (densité exprimée par le nombre de grammes au centimètre cube : 19,3 pour l’or, seulement 11,35 pour le plomb).

Malléable et ductile aussi, à tel point qu’en Afrique occidentale, on dit qu’avec « un gramme d’or on peut faire un fil mince comme un cheveu pour entourer tout un village. » On en confectionne de si fines feuilles que leur épaisseur ne dépasse pas le 1/10 000 de millimètre, et que la lumière d’une bougie vue en transparence à travers une telle feuille prend une très curieuse couleur vert bleuâtre…

Très souvent natif, il peut lui arriver, bien que rarement, de passer l’alliance avec d’autres métaux. Avec l’argent, on le dit électrum, avec le platine, or platiné, etc. Ces mêmes actions d’alliage ont été répétées de façon artificielle par l’homme, inconscient de la capacité qu’a l’or de ne pas se mêler naturellement aussi facilement à d’autres métaux. Cet homme là le mélange sans vergogne à des métaux plus durs que lui !

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Alors que nombre d’alchimistes se sont échinés non pas à les unir mais des uns à tirer l’Autre, à travers la transmutation des métaux dits impurs en or, action délicate qui doit être vue comme une transition d’un état vers un autre qui lui est supérieur et non comme la bête et concrète transformation physique du plomb en or véritable comme le pense parfois – souvent – le vulgaire sinon le crédule, et encore moins comme un moyen d’accéder à l’élixir de jouvence si cher à certains médiévistes naïfs, la pierre philosophale, le Graal étant bien davantage que cette vision résolument tronquée de la transsubstantiation. Comme le dira Silesius, il s’agit de la transformation de l’Homme par Dieu en Dieu. Pas étonnant donc que l’or-lumière soit connaissance.

Mais de cet or là, « il est aussi difficile de s’en servir bien que de se le procurer ». Comme l’on dit en Afrique occidentale, « l’or est le socle du savoir, le trône de la sagesse : mais si vous confondez le socle et le savoir, il tombe sur vous et vous écrase ».

L’or est donc un trésor ambivalent. Bien que solaire et illuminateur, il est aussi symbole de pervertissement, une dégradation de l’immortel en mortel. Le revers de la médaille, en somme. Charlot, dans son Gold Rush (1925) l’a véritablement et cyniquement montré. Ô Dollar, dieu des or-fièvre, tu n’as aucune pitié pour ces pauvres orpailleurs qui ont payé de leur vie l’or dans leur cœur logé…

Après l’or qui tue, l’or qui guérit.

Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse, musicienne, poétesse, médecin, etc., utilisait au côté d’un grand nombre de plantes médicinales certains minéraux dont l’or qu’elle associait parfois au cristal de roche et à la topaze impériale. Elle dit de lui « qu’il est chaud [et que] sa nature est semblable à celle du Soleil ».

Elle s’en servait afin de lutter contre des problèmes de goutte et de rhumatisme, des problèmes gastriques et de baisse de l’audition liés à des infections de la sphère ORL (les actuelles solutions colloïdales d’oligo-éléments Cu-Au-Ag ne font pas autre chose…).

D’autres usages visaient le développement des qualités morales et intellectuelles, Hildegarde ne s’étant jamais pencher sur le corps en oubliant l’esprit qui l’habite.

© Books of Dante

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