Le bouleau

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Synonymes : bouleau pleureur, bouleau blanc, bouleau verruqueux, arbre de la sagesse, bois à balais, boulard.

Le bouleau blanc (en raison de la couleur de son écorce) ou bouleau verruqueux (en raison des multiples verrues qui constellent ses rameaux) est un arbre particulièrement typique d’Eurasie. Bien que souvent cultivé comme arbre d’ornement (et connu comme tel), il n’en reste pas moins qu’il est l’hôte des bois jeunes, des sols pentus et acides, pierreux et sableux, comme on peut le voir en forêt de Fontainebleau.

C’est un arbre qui nécessite beaucoup d’espace, c’est pourquoi il est capable de coloniser des sols vides qui ne sont pas propices au développement d’autres essences telles que le chêne, par exemple.

Le feuillage du bouleau est relativement abondant, formé de petites feuilles losangiques ou triangulaires, doublement dentées qui ont la particularité de ne présenter que leur tranche au soleil afin de laisser pénétrer un maximum de lumière à l’intérieur de la silhouette de l’arbre.

Mais avant ça, il y a floraison entre avril et mai. On distingue deux types de fleurs : les chatons mâles en longues inflorescences souples et pendantes (d’où l’adjectif latin pendula associé au bouleau) et les fleurs femelles en petits épis dressés.

Les graines sont capables de germer sur les sols vides dont nous parlions. Mais, une fois devenues arbres, elles sauront rendre ces sols viables pour d’autres espèces – le chêne, nous l’évoquions, mais aussi le hêtre – qui n’éliront jamais domicile sur un terrain privé d’humus. En cela, le bouleau se rapproche du frêne : c’est un préparateur de terrain.

Le bouleau formera une litière de feuilles qui sera capable de fabriquer une importante quantité de sucres qui enrichiront progressivement l’humus. C’est à ce moment que hêtres et chênes pourront germer et grandir sur ce sol mais feront de l’ombre au bouleau qui ne s’en remettra pas. Mais il faut aussi compter sur le cycle de vie court du bouleau (100 ans maximum pour 30 m de hauteur) et sur sa croissance rapide (15 m à 20 ans). Le temps que la croissance plus lente du chêne ou du hêtre fasse de l’ombre au bouleau, celui-ci, du fait de sa longévité plus courte, aura déjà disparu non sans avoir essaimé de nouvelles graines vers des territoires plus propices, y compris des terres incendiées.

Le tronc svelte et lisse du bouleau s’orne d’une écorce dont la blancheur est due à la présence de bétuline qui la rend imperméable et imputrescible. Elle pèle en se détachant du tronc en fines bandelettes horizontales. L’écorce s’épaissit avec l’âge, en particulier à la base de l’arbre où elle se crevasse et noircit.

On peut dire que tout, chez lui, tend à la légèreté et à la grâce aérienne. Ce qui n’est pas tout à fait exact. A la gracilité et à la souplesse de la ramure du bouleau s’oppose la dureté de son écorce. Cette plasticité et cette robustesse sont, en quelque sorte, ses signatures. L’écorce condense la majeure partie des sels minéraux apportés par la sève brute (ou ascendante) qui provient de l’extraction par les racines de l’arbre de l’eau du sol et des nutriments qu’il contient. Les feuilles connaissent au début du printemps une intense activité cellulaire. Au niveau foliaire, la sève ascendante va se charger des principes actifs synthétisés par les feuilles, lesquelles formeront la sève élaborée (ou descendante).

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On voit sur ce schéma deux courants : le courant ascendant de la sève brute, le courant descendant de la sève élaborée. Le premier est le courant de l’eau et de la terre (tellurique et chthonien), le second, le courant de la lumière du Soleil (cosmique et ouranien). L’arbre lui-même est donc de la lumière solaire matérialisée en quelque sorte…

Rien d’étonnant à ce que le bouleau, à l’instar du frêne, ait aussi joué le rôle d’Axis Mundi pour les populations sibériennes. Il est le lieu de la rencontre des énergies cosmiques et des énergies telluriques, il en est la symbiose parfaite, les racines étant le parfait reflet de la ramure, le tronc, le trait d’union entre le monde terrestre et le monde céleste.

Lors des cérémonies d’initiation chamaniques, il est planté au centre de la yourte et aboutit au trou du sommet qui correspond à la porte du Ciel (ou du Soleil, essence masculine) même s’il est parfois associé à la Lune (essence féminine ; du reste, jusqu’au XVI ème siècle le mot « bouleau » était féminin).

Il symbolise donc la voie par où descend l’énergie du ciel (le Soleil, Ouranos, la lumière, la sève descendante) et par où remonte l’aspiration humaine (le milieu terrestre et chthonien, la sève ascendante).

Dans le monde celtique, il existe peu de références, hormis un vers que l’on trouve dans un texte gallois, Le combat des arbrisseaux : « Le sommet du bouleau nous a couverts de feuilles ; il transforme et change notre dépérissement ». Certains y ont vu une symbolique funéraire. C’est, peut-être, une allusion au fait de couvrir les dépouilles mortelles de branchages de bouleau. Pline l’Ancien, qui pensait que cet arbre venait de Gaule, note que ses rameaux étaient employés afin de constituer des torches nuptiales, porte-bonheur le jour des noces, ce que confirme Pierre Canavaggio dans son Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires : « Pour qu’ils soient heureux en mariage, on accompagne les jeunes mariés (le soir de leur noce) jusqu’à leur maison avec des torches de bouleau allumées ».

Bref, le bouleau est très lié à la vie de l’homme comme symbole tutélaire à la Vie et à la Mort. Il est l’artisan de la transformation qui prépare le défunt à une vie nouvelle comme il a la capacité de rendre un sol dénudé riche…

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D’un point de vue médicinal, petit tour d’horizon :

* Pline l’Ancien (I er siècle avant JC) : il remarque que la sève de bouleau est un bon dépuratif sanguin qui peut être utilisé dans des cas de goutte et de rétention d’eau.

* Hildegarde de Bingen (XII ème siècle) : du bouleau, elle utilisera la sève (rétention d’eau, troubles urinaires), ainsi que les bourgeons : chauffés au soleil ou près d’un feu puis appliqués sur la peau, ils soignent certains affections cutanées (pustules, rougeurs, etc.). Elle sera la première à noter l’emploi des fleurs et leur action cicatrisante.

* Konrad de Megenberg (XIV ème siècle) : dans son Buch de Natur, il vantera « l’eau de bouleau » (la sève) comme diurétique et antilithiasique urinaire. Il préconisera cette même sève contre ulcères buccaux et éphélides.

* Matthiole (XVI ème siècle) : « Si on perce le tronc du bouleau avec une tarière, il en sort une grande quantité d’eau laquelle a grande propriété et vertu à rompre la pierre (calcul) tant aux reins qu’en la vessie si on continue d’en user. Cette eau ôte les taches du visages et rend la peau et charnure belle. Si on s’en lave la bouche, elle guérit les ulcères qui sont dedans. » Ce qui confirme ce qu’indique Konrad de Megenberg deux siècles plus tôt.

* Pierre François Percy (XVIII ème siècle) : chirurgien-chef des armées de Napoléon Ier, il notera l’utilisation populaire de la sève de bouleau très répandue dans tout le nord de l’Europe à l’occasion des campagnes de Russie. Il en retiendra que cet usage permet de lutter contre les affections rhumatismales, les reliquats de goutte et les embarras urinaires.

* Wilhelm Winderwitz (XIX ème siècle) : médecin autrichien, il mettra expérimentalement en évidence les effets diurétiques indéniables et puissants des feuilles de bouleau en traitant des patients souffrant d’œdèmes. Il observera une augmentation du volume des urines émises et une baisse du taux d’albumine. Et cela, sans irritation rénale!

* Henri Leclerc (XX ème siècle) : ce médecin français utilisera le bouleau chez des patients atteints de cellulite et présentant d’excessifs taux d’acide urique et de cholestérol dans la sang. A terme, ces toxines seront résorbées, les nodules fibro-congestifs fondront.

Nous pouvons donc constater qu’en l’espace de vingt siècles les vertus thérapeutiques du bouleau sur les sphères circulatoire, urinaire et hépatique ne sont plus à démontrer, sinon à vanter.

Du bouleau, on utilise presque toutes les parties : les feuilles (huile essentielle, principe amer, tannins, vitamine C, rutine), l’écorce (bétuline, bétulalbine), la résine (phénols, créosols), la sève (sels minéraux, acides aminés, etc.). Seule la sève descendante est utilisée à des vues thérapeutiques, en effet, la fève ascendante est dénuée de vertus diurétiques et dépuratives.

Diurétique et dépuratif, le bouleau permet de régénérer les tissus rénaux, de les désenflammer, tout en provoquant une baisse de l’albuminurie. Il purifie les reins et le sang, évacue hors du corps les lithiases rénales et urinaires, stabilise les problèmes urinaires liés à inflammation ou infection bactérienne, intervient dans les douleurs rhumatismales et arthritiques, diminue le volume des tissus dans les jambes, le ventre, les seins (œdèmes, hydropisie, rétention d’eau, etc.). Enfin, il est aussi utilisé en usage externe pour lutter contre dermatoses, adénites, dartres, plaies, ainsi que pour éclaircir le teint.

Le bouleau est donc un sublime purificateur, un incomparable nettoyeur (ne confectionne-t-on pas à l’aide des rameaux de bouleau d’excellents balais ?) et il a l’avantage de faire ce grand ménage tout en douceur, bien qu’on en évitera l’usage en cas de maladies cardiaques ou rénales graves.

Le bouleau régularise et chasse les excédents, je suis presque sûr que les quatre éléments y passent ! Je m’explique : il chasse le feu (inflammations rhumatismales, urinaires, etc.), il chasse la terre (les calculs rénaux et urinaires qu’on appelait autrefois des « pierres »), il chasse l’eau (rétention d’eau, œdèmes, hydropisie, etc.).

A propos de la sève de bouleau que nous avons plusieurs fois ponctuellement abordée dans ce post… Depuis longtemps récoltée au début du printemps, on la buvait comme eau de jouvence. Elle décrasse l’organisme de ses impuretés et de ses toxines accumulées durant l’hiver. Étonnant régénérant, elle peut être utilisée par chacun d’entre-nous (sauf contre-indications), elle apporte vitalité au sortir hivernal (et il n’en va pas autrement de l’élixir floral de fleurs de bouleau qu’on ne sera pas étonné si j’indique qu’il est destiné aux personnes faisant montre de comportements par trop sclérosants, rigides comme de l’écorce de bouleau…)

Ce liquide vital – la sève – apporte souplesse tant au niveau physique que psychologique. C’est la force vive de l’arbre chargée des éléments terrestres et célestes.

On peut récolter la sève du bouleau en coupant une branche de l’arbre au printemps. Cette sève représente une excellente boisson rafraîchissante. En bouteille, elle devient pétillante comme du champagne et on en fait une boisson au goût de vin dont l’acidité est corrigée avec du sucre. On évitera la fermentation en plaçant quatre à cinq clous de girofle dans la bouteille. Elle est également utilisée pour la fabrication de vinaigres et de sirops.

A l’inverse, la dure écorce du bouleau est utilisée pour l’extraction d’une résine, le goudron de bouleau dont on se servait déjà au Néolithique pour réparer les récipients présentant des fissures et autres fêlures. Aujourd’hui, il est encore utilisé pour apprêter, parfumer et protéger les cuirs de Russie. On retrouve bien là la dimension protectrice et imputrescible de l’écorce de bouleau qui permet aussi de fabriquer des ustensiles et des canoës, de couvrir les huttes. Elle constitue aussi un excellent allume-feu dont l’efficacité s’avère réelle même lorsqu’elle est mouillée : cela s’explique par sa haute teneur en résine.

Le bouleau en thérapie :

1 – Propriétés médicinales : diurétique, dépuratif, digestif, désinfectant, antiseptique, antispasmodique, antirhumatismal, stimulant, sudorifique, régénère les tissus rénaux sans les enflammer, antilithiasique urinaire, fébrifuge, détersif, éclaircissant du teint.

2Usages : infections urinaires (d’origine bactérienne), urétrite, colique néphrétique, sables de la vessie, calculs rénaux, purifier les reins au printemps, rhumatisme, goutte, arthrose, athérosclérose, syndrome prémenstruel, diminue le volume des tissus dans les jambes, le ventre, les seins, œdème, anasarque (œdème généralisé), rétention d’eau, obésité, hypertension, parasites intestinaux, dermatose, adénites, plaies, éclaircir le teint et favoriser la croissance des cheveux, albuminurie

© Books of Dante – 2010

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