Herbes et caetera

A l’occasion de lectures ici ou ailleurs, vous vous serez peut-être rendu compte que de nombreuses plantes portent parfois plusieurs noms vernaculaires. Cette pratique, bien commode dans l’immédiat, a été quelque peu condamnée par l’usage taxinomique initié par Carl von Linné au XVIII ème siècle qui a mit au point ce que l’on appelle la nomenclature binominale. Cela visait la clarification dans la dénomination des espèces, tant végétales qu’animales.

Cependant un vocable particulier a perduré, c’est ce qu’on remarque à la lecture de certains ouvrages qui, bien qu’ils mentionnent le nom latin des plantes, vont parfois jusqu’à indiquer leurs petits noms d’autrefois.

Ainsi, lorsque l’on se penche sur la question, on peut mettre en évidence qu’« herbe sainte » concerne plusieurs plantes : le tabac, la tanaisie, l’absinthe, etc. Difficile, dès lors de s’y retrouver et d’aider à l’identification immédiate d’une espèce végétale à la seule évocation d’une appellation populaire.

Malgré tout, il faut voir, à travers cette habitude de nommer ainsi les plantes, une forme de richesse verbale. En effet, ces termes non-scientifiques sont le reflet d’une observation particulière. C’est pourquoi, ces nombreuses dénominations trouvent leurs origines dans des caractéristiques aussi étonnantes qu’inattendues : une propriété médicinale, une anecdote historique, une caractéristique visuelle, etc. Derrière chacune de ces appellations, il y a une histoire. Découvrons-en quelques-unes :)

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1 – L’arroche = herbe de bouc

C’est à son odeur écœurante que l’arroche doit ce sobriquet parfumé ^_^

2 – Le datura stramoine = herbe aux démoniaques

Le datura, célèbre solanacée aux côtés de la mandragore, de la belladone et autre jusquiame, se voit affubler de ce nom vernaculaire eu égard aux usages particuliers que l’on a pu faire de cette plante sorcière.

3 – L’aspérule = herbe à l’esquinancie

Il ne court pas les rues, celui-là. Du genre des mots à coucher dehors. Qu’est-ce donc que l’esquinancie ? Une ? Un ? Étrange, tout de même, à tel point que le correcteur orthographique d’OpenOffice s’affole tout seul !

Il s’agit en fait d’un terme vieilli qui désigne l’angine. Quand on a l’habitude de bouquiner des ouvrages de phytothérapie, de médecine, etc. on peut, parfois tomber sur des mots de ce type. Bref. L’aspérule doit donc son nom d’herbe à l’esquinancie à l’emploi qu’on en a fait pour lutter contre maux de gorge et angines.

Et on dit une esquinancie ^_^. Bonjour Docteur, j’ai une esquinancie ! Lol !

4 – Le tamier commun = herbe aux femmes battues

Bien qu’extrêmement peu utilisé de nos jours, le tamier possède une racine aux vertus médicinales qui permet, entre autres, de confectionner des pommades et des cataplasmes propres à soigner les coups, tant involontaires que volontaires…

5 – La bardane = herbe aux teigneux

Comme chez le tamier, c’est la racine qu’on utilise, de préférence fraîche, la dessiccation lui faisant perdre la quasi totalité de ses propriétés médicinales. Au passage, autant dire qu’il est inutile de s’en procurer par le biais d’une herboristerie du simple fait que la racine sèche qu’on y vend est inopérante. Cela ne servirait donc à rien, de plus, c’est presque du vol.

On s’est servi pendant longtemps de la bardane pour traiter un très grand nombre d’affections cutanées dont les dartres, les dermatoses, l’acné, l’eczéma et la teigne, d’où ce charmant nom d’herbe aux teigneux qui rend compte de cette dernière spécificité.

6 – L’achillée millefeuille = herbe aux militaires

Là, il faut se creuser la tête. Un « hasard » voulut qu’on employa l’achillée sur les champs de bataille. Étonnamment, on se rendit compte rapidement de ses propriétés hémostatiques et cicatrisantes, lesquelles sont à l’honneur à travers cette appellation.

7 – Le bouillon-blanc = herbe de Saint-Fiacre

Je crois qu’il faut se creuser davantage pour découvrir le pourquoi du comment d’un nom vernaculaire pareil ! Soit, la taxonomie populaire regorge de plantes dites « herbes », terme auquel on accole souvent le nom d’un saint, que ce soit Jean, Paul ou Georges. Dans le cas du bouillon-blanc, il y a deux énigmes, l’une dans l’autre, à l’instar des poupées gigognes.

Tout d’abord, qui est Saint-Fiacre ? Quel rapport existe-t-il entre un éventuel Saint-Fiacre et le bouillon-blanc ? En fouillant, on arrivera peut-être à ce que l’on appelle « mal de Saint-Fiacre », autrement dit : les hémorroïdes. Son petit nom d’herbe de Saint-Fiacre est donc autrement plus gracieux que ne peut l’être celui d’une autre plante, la ficaire, sèchement désignée, et cela sans équivoque possible, herbe aux hémorroïdes.

8 – Le millepertuis = herbe aux 1 000 trous

En ce qui concerne le millepertuis, dont l’ensemble des noms vernaculaires rendent bien compte de la richesses de ses propriétés médicinales (comment ne pas rester béat d’admiration devant son nom de « chasse-diable » quand on connaît ses vertus antidépressives ?), ce surnom d’herbe aux 1 000 trous doit son origine à une caractéristique morphologique : quand on observe une feuille de millepertuis au soleil, à contre-jour, on réalise qu’elle semble percée d’une multitudes de petits trous, très semblables à des impacts d’épingles.

9 – Le tabac = herbe à l’ambassadeur

Il s’agit là d’une anecdote historique. Pour en comprendre l’origine, il faut remonter cinq siècles en arrière. En 1560 environ. A cette époque, un ambassadeur de France au Portugal rapporte des feuilles de tabac à la cours du Roi de France. Son nom : Jean Nicot.

10 – La valériane = herbe aux chats

Contrairement aux apparences, souvent nombreuses et trompeuses, la valériane doit ce vocable félin pour la simple et bonne raison que sa racine officinale dégage une odeur particulière loin d’être très agréable : celle de l’urine de chat. Autant dire qu’il est tout à fait normal que cette plante excite et euphorise les minous ^_^

© Books of Dante

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