L’ancolie, plante alchimique ?

« Dante se servait aussi comme symbole de l’ancolie, plante mâle et femelle représentant le parfait amour, les deux principes qui se fondent pour créer » [1]. On aperçoit là une analogie avec l’œuvre alchimique.

La Dame de Dante semble être tout autant la Femme que l’Ancolie. Cette dernière – violette – est la symbiose de la puissance active du rouge (Mars, chtonien, Nadir…) et de la sagesse réflexive du bleu (Vénus, céleste, Zénith…). Cette couleur est symbole de tempérance (cf. Dictionnaire des symboles de Chevalier/Gheerbrant : article « Violet » p. 1020, article « Tempérance » p. 934. Cf. également le post sur le symbolisme du violet en section chromothérapie).

ImageCette combinaison fait que des enluminures du Moyen-Âge montrent des ancolies qui symbolisent l’amour divin, Amour parfait, par définition. Associée à l’esprit-saint présenté souvent comme une colombe (columbine en anglais, de colomba en latin, ce qui signifie colombe).

On retrouve l’ancolie sur certains blasons médiévaux et, là encore, sa signification est, peu ou prou, la même.

ImageL’ancolie, fleur d’alchimiste ? Principe de mort et de renaissance ? Je cite : « l’alchimiste agit seul ou avec deux exécutants, et parfois avec la présence d’un être aidant l’œuvre par la force de sa pensée. La présence près de l’alchimiste de la femme, « principe féminin », est essentielle. Cette présence peut être soit réelle, soit réalisée sous la forme de mariage mystique de l’alchimiste avec une déesse ou une «élue». Pour l’alchimiste, le bien et le mal, la perfection et l’imperfection, doivent être unis dans la matière en « Un », car « Un est tout », « par Lui est tout », « pour Lui est tout », « en Lui est tout » [2].

ImageL’ancolie, mâle et femelle, est donc hermaphrodite. Elle est l’union du roi et de la reine au creux de l’athanor. Ce n’est donc pas pour rien qu’elle est symbole d’Amour parfait, ce que recherchaient les alchimistes : la création de la perfection absolue.

S’il faut retenir une étymologie du mot ancolie, c’est bien celle-ci : aquilegia. C’est une étymologie que je préfère, du simple fait que cela m’évoque une autre plante, l’alchémille, dont certains alchimistes recueillaient l’eau qui s’accumulait au creux des feuilles. Cette eau, « eau céleste », est une eau végétale sécrétée par la plante elle-même en plus de la rosée et de la pluie… A ce titre, il est bon (et beau) d’observer les feuilles de l’ancolie dont les formes … recueillent elles aussi les gouttes de rosée en leur sein…

Il a été dit aussi que l’ancolie est symbole de mélancolie, sans doute de par la proximité orthographique qui existe entre ces deux mots. Seulement, d’un point de vue étymologique, cela ne tient pas, mélancolie étant issue du grec melagkholia qui signifie « bile noire », bien loin de l’Amour parfait… quand bien même il pourrait tomber dans les eaux sombres des tourments.

On aura également donné à l’ancolie valeur de folie en raison de la forme très particulière de sa fleur. Un bonnet de fou. De fou du roi, plus précisément. Alors, ici, comment ne pas évoquer le Mat ? 

ImageAu Moyen-Âge, le Fou n’était pas toujours considéré comme un simple d’esprit. « Dans son rôle de bouffon du roi, on lui attribuait une sagesse supérieure, qui faisait parfois de lui un personnage plus écouté que les plus hauts dignitaires. Par ailleurs, il n’était pas tenu de respecter l’étiquette de la cour et il bénéficiait du privilège de pouvoir se moquer impunément de tout. Comme Socrate, il était assez sage pour savoir qu’il ne savait rien. Son esprit étant vierge de préjugés et de définitions, il voyait les choses telles qu’elles étaient réellement.

Dans le tarot de Marseille, le Fou symbolise la partie de nous-même qui est à la fois assez innocente pour s’émerveiller du mystère de la Création et assez audacieuse pour en entreprendre l’exploration. […] Il est l’esprit témoin qui observe, inchangé, le théâtre d’ombres de nos existences. Quel que soit l’endroit où on le place, il tourne toujours le dos, de toute façon, au monde extérieur pour se lancer à la découverte de l’inconnu – la réalité intérieure de l’homme » [3].

Quant à l’ancolie, elle n’aura pas échappé à Albrecht Dürer qui l’a admirablement immortalisée comme nous pouvons le constater ci-dessous :

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Rappelons-nous que Dürer était lui-même alchimiste…

_________________________

[1], [2] : http://www.lesecretdestempliers.com/alchimie.htm

[3] : Le langage secret des symboles, David Fontana, Solar, 1994, p. 171.

© Books of Dante – 2010

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Une réflexion sur “L’ancolie, plante alchimique ?

  1. La Tempérance, Le Mat et Dürer… tout pour plaire. ^^

    J’aime bien le parallèle avec l’alchémille. Tu as un article en préparation sur cette plante?

    … Joli bond dans le passé que tu me fais faire de bon matin :-)

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