Tritons & ondines

1 – Les tritons

Dans la mythologie grecque, Triton est le nom d’un dieu de la mer, fils de Poséidon. Aussi, l’ensemble des tritons, hommes-poissons, sont des divinités « masculines » de l’océan.

Quant au poète grec Apollonios de Rhodes, il décrit le triton en ces termes: « Au-dessus des hanches, son corps était d’une conformation pareille à celle du corps des dieux bienheureux, mais au-dessous de ses flancs, de part et d’autre, s’allongeaient les deux extrémités d’une queue de monstre marin ». Livraga ajoute : « Parés de coraux, d’algues, de perles et de coquillages, ils soufflent dans des conques supersoniques éthérées annonçant le passage des vainqueurs. Ils connaissent le secret des trésors immergés. Ils sont, quelquefois, représentés comme les exécuteurs violents de la volonté de leur maître qui, avec son trident magique, maintient les bateaux à la surface de l’eau ou les pousse vers les rochers, en les faisant sombrer. »

Il y a également les ondins. Les sources sont rares à ce sujet, d’autant plus que les figures hybrides féminines sont largement plus présentes que les masculines. L’ondin est donc un génie des eaux, en particulier dans les vieilles légendes allemandes et scandinaves. Son pendant est l’ondine (nixe, en allemand), une nymphe des eaux.

2 – Les ondines

Voici ce qu’en dit le Dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant : « Dans les mythologies germaniques et scandinaves, les ondines s’apparentent aux nymphes des mythologies gréco-romaines. Fées des eaux, généralement malfaisantes, qui s’offrent à conduire les voyageurs à travers les brumes, les marais et les forêts, mais les égarent et les noient. Poètes, romanciers et dramaturges se sont inspirés de la légende nordique : les ondines ont une chevelure vert glauque [1] qu’elles viennent coquettement peigner à la surface des eaux : elles sont toutes jolies, malicieuses et cruelles quelquefois. Elles se plaisent à attirer près d’elles le pêcheur ou le beau chevalier qui passe près du lac, elles l’enlèvent et le transportent au fond de leur palais de cristal, où les jours passent aussi rapides que les minutes… Les légendes scandinaves sont plus sombres et plus passionnées : le beau jeune homme entraîné par les ondines au fond des eaux ne revoit pas le jour et meurt épuisé entre leurs bras. Elles symbolisent, elles aussi, les sortilèges de l’eau et de l’amour, liés à la mort ; d’un point de vue analytique et éthique, les dangers d’une séduction à laquelle on s’abandonne sans contrôle.»

Le parallélisme avec la sirène nordique est plus que flagrant. L’ondine est, comme la sirène, toujours très belle. On la qualifie parfois de fée aquatique et, plus inquiétant, de « noyeuse ». Elle véhicule, elle aussi, cette connotation de consommation sexuelle morbide. Ce qui est également le cas des ondins (nixs). Cette symbolique liée à la perte de soi face à la séduction irraisonnable est donc aussi l’apanage d’ondins et d’ondines. Sinistre [2]rencontre comme le suggère ce détail d’une toile de Gustav Klimt, Poissons d’argent (1899).

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En apparence, elles sont multiples. Paracelse dans son Ex libro de nymphis, sylvanis, pygmalis, salamandris et gigantibus (1566) indique qu’elles « apparaissent sous la forme humaine, vêtues comme nous, sont très belles et impatientes de tenter par leurs artifices ».

Les motivations des ondines sont étroitement liées à celles de la sirène. A la différence près que l’ondine n’est pas un hybride au corps de poisson. Elle possède un corps semblable à celui d’une femme, ce qui lui permet d’exprimer toute la mesure de son désir charnel assouvi avec ses victimes prises d’un « enthousiasme nympholeptique », pour reprendre la formule de Georges Livraga.

Ce qui diffère cependant, et comme nous l’explique Charles-Rafaël Payeur, c’est « qu’elles sont méchantes par désespoir car elles étaient condamnées à expier un mystérieux pêché originel. Comme elles souffraient trop, elles ne pouvaient s’empêcher de se venger sur les humains, en séduisant les beaux jeunes gens par leurs yeux d’un vert profond au regard fascinant ».

_________________________

[1] Vert glauque : vert tirant vers le bleu. Du grec glaukos, vert.

[2] Sinistre : il est intéressant de se pencher sur l’étymologie de ce mot, eu égard au sens qu’il peut prendre dans notre propos. Du latin sinister : à gauche. Défavorablement, donc. La sinistra est liée à senex qui désigne le vieillard : la période de l’existence où il n’y a plus d’espérance que la mort. A mettre en relation avec les minutes qui passent aussi vite que les secondes…

© Books of Dante – 2009

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